Accélération du temps de l’information et fact-checking, qu'en disent les médias ?

Paris, France, 25 mars 2019

L'arrivée des "nouveaux médias" et l'évolution des médias traditionnels ont entraîné de nouveaux modes de fonctionnement : impératifs d'immédiateté, de transparence, de réactivité, besoin permanent d'images… Les communicants ont-ils bien pris la mesure des profonds changements qui ont affecté les médias, des nouvelles formes de diffusion de l'information ? Doivent-ils réinventer leurs stratégies de relation presse ? Et de leur côté, qu'attendent les journalistes des communicants ?

Mercredi 20 mars se tenait un Cercle Dircom organisé par le Social Media Club en partenariat avec Entreprises & Médias et avec le soutien de Wiztopic. Les invités : Roger Coste, Cofondateur de Brut, Armelle Le Goff, Directrice de la rédaction de 20 Minutes, Céline Pigalle, Directrice de la rédaction de BFM TV, et Nicolas Pellet, cofondateur et directeur de MAD (FIGARO).

Comment les médias vivent-ils l’accélération du temps de l’information ?

« J’ai toujours fait le choix d’être dans les médias les plus chauds. Mon credo personnel, c’est que l’accélération ce ne sont pas les chaînes d’info qui l’ont créé : ce sont les moyens techniques qui sont à notre disposition qui l’ont créé », déclare Céline Pigalle, directrice de la rédaction de BFM TV. Pour elle, la raison du succès de la chaîne, « c’est d’avoir pris à bras-le-corps la possibilité de donner la priorité au direct, qui a fait une proposition singulière qui n’existait pas dans l’espace médiatique. Le direct nous donne une liberté de ton supplémentaire ».

 

Sans contrainte, c’est un peu ce qu’a pu transmettre Brut avec son reporter Rémy Buisine qui pratique de très longs directs sur Facebook. « Brut est la 2e plateforme mondiale de production à l’attention des millenials », déclare Roger Coste, Cofondateur. « On produit environ 40 contenus frais par jour, qui sont adaptables pour tous les pays et traduisibles en toutes les langues », poursuit-il. La stratégie du média né sur Facebook et Twitter est à l’international : « Nous voulons nous développer dans plus de 50 pays. Nous sommes venus disrupter l’information, avec une narration moderne et innovante un marché qui ne le sera pas par les médias traditionnels ». Mais il ne veut pas que son média soit opposé aux médias traditionnels :

« Brut n’est pas le concurrent de BFMTV c’est un complément. Notre développement est un développement géographique », rassure-t-il.

Le média, qui vient de lancer un site internet et une application veut innover sur le terrain publicitaire en utilisant un format qu’ils ont appelé « engaging ad ». « Si la marque n’a pas de démarche d’engagement, si la marque n’évolue pas, nous n’acceptons pas de le faire », prévient Roger Coste.

Pour Armelle Le Goff, Directrice de la rédaction de 20 Minutes, il y a une accélération du temps de l’information et aussi une accélération du travail pour les journalistes. En ce qui concerne le travail entre les agences, les marques, et les médias, « ce qui peut pécher, c’est souvent la méconnaissance du média auquel les communicants s’adressent », prévient Armelle Le Goff.

« Le plus, c’est de connaître les journalistes, de savoir qui fait quoi. Les entreprises doivent être plus fines dans leur approche des médias : la personnalisation des contacts et des angles est essentielle », renchérit Armelle Le Goff, qui donne rendez-vous aux marques : « Nous avons commencé la série "pris pour cible" pour parler du cyber harcèlement. Si une marque avait envie de s’engager sur ce sujet, nous pourrions envisager des choses intéressantes. »

 

Nicolas Pellet présente l’offre originale de MAD, un nouveau média social 100 % vidéo : « MAD s’est monté à la demande du Figaro pour adresser une cible plus jeune. Nous avions la conviction sur cette thématique que le panorama média n’avait pas été beaucoup bougé. L’info avait été extrêmement challengée, mais au niveau culture, mode, cela n’avait pas beaucoup été fait. Notre format est 100 % social, 100 % vidéo, 100 % vertical. Du décalage, du second degré, un peu de cynisme, aussi. » En ce qui concerne la publicité, MAD se démarque :

« Notre business model est intégralement basé sur la co-création de contenus avec les marques. On a un rôle de conseil, et nous nous sommes créés au sein de l’agence Social & Stories au sein du Figaro, habitués à dialoguer avec les marques », précise Nicolas Pellet.

 

Comment pratiquez-vous la vérification de l’information ?

Céline Pigalle rappelle que pour elle et pour les salariés de BFMTV, la vérification de l’information, « cela fait partie du métier de base ».

Elle poursuit : « On multiplie les sources, comme tout journaliste. C’est le socle absolu de toute chose, le travail quotidien. Ce qui s’est ajouté aujourd’hui, c’est de lutter contre les gens qui fabriquent à dessein des fausses informations ».

Une rédaction comme celle de BFMTV doit faire attention aux nouveaux formats d’infox qui sont diffusés. À Céline Pigalle de citer la première le danger des « deep fakes » : « J’ai vu récemment une vidéo de la France Insoumise qui avait mis en scène un Emmanuel Macron qui annonçait sa démission, c’était troublant », confesse-t-elle. Chez BFMTV, c’est l’équipe web qui se charge le plus souvent de détecter ce qui est juste, ce qui est vrai, dans le bruit général. « Quand Nicolas Dupont Aignan a annoncé que nous allions vendre l’Alsace et la Lorraine, nous avons fait un travail de décryptage de cette fausse information », rappelle Céline Pigalle.

De son côté, 20 Minutes a un service dédié. « Nous avons créé un service de fact checking, "Fake Off", en partenariat avec Facebook, souligne Armelle Le Goff. Depuis le 19 mars, 20 Minutes est partenaire d’une nouvelle initiative : « FactCheckEu » : dix-neuf médias, se sont associés pour vérifier les fausses infos liées aux élections européennes. Armelle Le Goff précise un point sur le journalisme en desk : « nous avons au contraire des journalistes spécialisés, avec différentes temporalités. Le très chaud, le pas trop chaud, et le reste, mais nous avons recréé des services ».

Même s’il s’agit d’un média tout image et social, la vérification de l’information n’est pas en reste chez Brut.

« Tous nos collaborateurs sont des journalistes avec des cartes de presse » rappelle Roger Coste. « Nous utilisons beaucoup d’images, et nous devons vérifier le sourcing des images impérativement. Ce serait la catastrophe si nous étions pris la main dans le pot de confiture avec une source non vérifiée ».

L’enjeu de protection de la marque face aux fake news et au contre marketing d’influence n’a jamais été aussi fort pour les dircom.

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